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15
juillet 2003
Cérémonie du thé
en yukata, koto ou l'apprentissage à la japonaise
et changement de famille
Une journée au coeur des traditions m'attend...
Pour la dernière fois, Mme A** me conduit mais
je suis contente car elle va passer cette journée
avec nous. Sur la route, je me dis qu'au Japon, les
paysages s'apprécient dans "l'intimité".
En effet, si l'on regarde de loin le panorama, on voit
beaucoup de voitures, de fils électriques, des
magasins... ou plus à la campagne, simplement
des toits. L'ensemble ne forma pas à proprement
parler quelque chose de beau. En revanche, ce qui est
très surprenant, c'est qu'au coeur de la ville
ou de n'importe quel endroit, on peut tomber à
tout instant sur un espace préservé et
magnifique : jardin, petit temple, vieille maison, cuisinier
en train de préparer les plats dans une échoppe...
Il faut savoir regarder le Japon de près pour
en exploiter toutes les saveurs.
Pour
cette journée traditionnelle, nous sommes reçus
dans une belle maison japonaise appartenant à
une vieille dame qui, semble-t-il, tente de perpétuer
les traditions. Pour bien entrer dans l'atmosphère,
on nous fait mettre des yukata, ces kimonos d'été
en coton, qui nous sont gentillement prêtés
par les familles. Le rêve, me voici enfin en kimono
avec un magnifique obi. Il ne manque que la coiffure
! En tous cas, je n'aurais jamais pu y arriver seule
et c'est une amie de la propriétaire qui m'habille.
Je me sens comme dans un corset même si ce n'est
pas trop serré. Ce n'est pas très confortable
cependant pour faire de grandes enjambées et
je me mets à marcher comme une japonaise à
petits pas. Nous devons tous faire sensation car nous
sommes bombardés de flash de la part de nos familles
!
La cérémonie du thé, le chanoyu
(茶の湯), est un vrai rituel.
Il faut tout d'abord s'accroupir sur le tatmi et, tout
en avançant par petites glissages, se rendre
au , est un vrai rituel. Il faut tout d'abord s'accroupir
sur le tatmi et, tout en avançant par petites
glissages, se rendre au tokonoma
et contempler le kakemono.
Puis, il faut venir s'agenouiller devant les instruments
de la cérémonie : thé, eau, bol...
La maîtresse de cérémonie prélève
l'eau avec délicatesse, elle fait de multiples
gestes incompréhensibles avec une sorte de petit
foulard avant de commencer à proprement dit.
Puis, elle ouvre le pot à thé, en prélève
un peu de poudre de matcha (thé vert)
pour le mettre dans le bol, prend délicatement
la cuillère en bois et prend de l'eau. Elle la
déverse dans le bol, repose celui-ci tout en
vérifiant minutieusement que rien ne déborde.
Une fois l'eau et le thé réunis, il faut
battre le mélange avec un petit fouet en bois.
Le thé devient alors mousseux, c'est vraiment
très joli. Pour les papilles également,
si on aime le thé amer... et surtout s'il est
accompagné de wagashi, ces petits gâteaux
japonais très sucrés. Le plat de wagashi
passe de convive en convive, on se sert au moyen d'une
paire de baguettes et on dépose le gâteau
sur une feuille de papier spécial. Ce papier,
très beau, est à emporter lors d'une cérémonie
du thé au moyen d'une pochette en tissu que l'on
dissimule dans l'échancrure de son kimono. Le
gâteau se découpe en petits morceaux à
l'aide d'une pique en bois. En tous cas, tout est réellement
codifié et il ne faut pas faire un pas de trop.
A chque fois que l'on reçoit le thé, on
salue la maîtresse de cérémonie.
Pour un Européen, tous ces rites ne sont peut-être
pas encore le plus difficile... le plus dur, c'est de
rester assis pendant des heures accroupi. Même
avec un petit coussin spécial, on ne sent plus
ses pieds en 15 minutes.
Après ces douces tortures, nous mangeons tous
ensemble un délicieux repas traditionnel. Chacun
est assis sur les tatamis avec son petit plateau devant
lui, la plupart des invités étant en yukata...
On se croirait dans un film ! Le repas, même si
le sucré domine, est délicieux : beignets
sucrés de tofu, boulettes de riz roulées
dans du kinako ou du sésame noir + sucre, tsukemono,
sekihan... et secrètement dissimulée dans
une feuille, une grosse boule verte fourrée de
noir... qu'est-ce que ça peut bien être...
Serrée
dans mon yukata, j'ai l'impression que mon ventre va
éclater après ce repas. Mais comment font
les Japonais ? Après une petite pause dans le
jardin, nous reprenons nos activité avec la découverte
du koto. Ce gros instrument à cordes en
bois est composé de 13 cordes. Pour en jouer,
il faut se parer de "gratte-cordes" aux trois premiers
doigts de la main. J'aime beaucoup le son de cet instrument.
Nous apprenons à jouer "Sakura", cet air si connu
en France pour avoir fait les grandes heures des pubs
pour le déo Obao !
Le maniement de l'instrument est simple, la partition
est également facile à lire mais difficile
d'y arriver du premier coup... Et cela, pour les Japonais,
c'est visiblement difficile à comprendre. Pour
eux, il faut y arriver tout de suite. J'ai beau l'expliquer
à Mme A**, je crois qu'elle ne comprend pas et
elle me remontre maintes et maintes fois l'air pour
que j'y arrive. Il semble qu'au Japon, on soit capable
de bourrer le crâne jusqu'à épuisement...
J'avoue que cette caractéristique du comportement
japonais m'énerve un pei. On n'a pas le droit
à l'erreur et je crois qu'ils seraient capables
de faire recommencer la personne jusqu'à ce qu'elle
en pleure. De quoi dégoûter à vie,
enfant comme adulte. Mais au Japon, même un enfant
ayant subi ce sort, continuera à pratiquer un
instrument ou une discipline qu'il déteste. Par
respect du consensus et pour ses parents, par obligation
(gimu - 義務) cette notion
si omniprésente au Japon qui va jusqu'à
l'abnégation de ses propres pensées ou
ressentis.
Il est temps de changer de famille ! Je crois reconnaître
ma nouvelle "maman" dont j'avais reçu la photo
avant mon voyage. Comme elle est petite et semble fragile
! Bien qu'elle soit très gentille, je me sens
beaucoup moins à l'aise qu'avec Mme A** car elle
est beaucoup moins enjouée.
Cette
fois, je loge dans un quartier résidentiel, dans
la banlieue de Gifu. On voit tout de suite la différence
: pas de grands axes, beaucoup de maisons et peu de
boutiques. La maison est également de style très
différent : même si elle compte un salon
japonais, tout le reste est parfaitement occidental...
Si ce n'est les WC, encore une fois équipé
d'un système de "nettoyage" japonais. Je dors
dans une sorte de salon à l'occidentale où
trône un canapé, sur un matelas fin qui
ressemble à un futon (peut-être un futon
d'été ?). Tout est vraiment différent
de ma première famille.
Une fois les bagages posés, nous allons voir
un temple bouddhique situé juste à côté
de la maison. Domma ge que Mme S** n'aime pas marcher,
on fait tout en voiture ! A l'entrée du temple
Naritayama, on retrouve les 2 démons gardiens,
les nio, 仁 王 (voir
cette page du
carnet de voyage). Ce temple fut construit dans
les années 20 grâce à une célèbre
actrice de théâtre, Sada Yakko, ayant parcouru
le monde et rencontré les peintres français
tels que Lautrec lors de l'exposition universelle de
Paris. Comme toujours, tout est calme et magnifique.
Les 4 pans du temple sont ornés d'une fresque
sur bois narrant la vie de Sada Yakko. Comme bien souvent,
juste à côté du temple, on trouve
un petit autel shinto. Même si les Japonais pratiquent
les deux religions, c'est tout de même drôle
ce mélange. Difficile d'imaginer chez nous, une
église et un temps réunis ! Le sanctuaire
compte également une partie dédiée
aux enfants morts (mots nés et avortements) :
des dizaines de statues de jizo sont alignées.
C'est assez impressionnant et émouvant.
Pour le dîner, nous dégustons
un oyako, une grosse omelette avec des champignons et
des oignons, de la tomate, des pois gourmands et du
thon grillé. Le dîner se passe dans le
mari de Mme S**. Je ne rencontre celui-ci que tard dans
la soirée. Il travaille à Nagoya et n'est
pas souvent là. Beaucoup de voyages d'affaires
! La
suite
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